Quand l’argent de la criminalité est en odeur de sainteté

Mis en appétit par leurs révélations à propos de l’escroquerie de Wirecard, les journalistes du Financial Times sont en verve. Une nouvelle manifestation de la porosité entre les mondes de « l’argent sale » et celui qui est qualifié de « propre » a été révélée par leurs soins. À croire que le système financier englobe ces deux mondes sans trop de discernement. Ne vous attendez pas à ce que l’argent ait une odeur !

Ce n’est plus en Allemagne mais en Italie que cette fois-ci une nouvelle affaire a son origine. Après enquête, il est apparu que la ‘Ndrangheta calabraise, une organisation criminelle moins connue que la Mafia mais plus prospère, pratique le recyclage des revenus de ses trafics de drogue, d’armes, et de ses extorsions de fonds. Ces activités représenteraient selon l’agence de police criminelle Europol la bagatelle de 44 milliards d’euros annuels, c’est dire leur ampleur qui a nécessité de dépasser les méthodes de papa pour le blanchiment de l’argent et imposé de procéder en grand. Des conseillers financiers sont là pour cela.

Le montage est simple dans son principe, et l’on peut s’étonner qu’il soit passé inaperçu. Quels sont les faits ? La vente de titres obligataires d’entreprises liées à la ‘Ndrangheta a été confiée à Generali, une grande banque italienne, et Ernst & Young, toujours sur les bons coups, a prodigué ses bons conseils. Des fonds de pension, hedge funds et gestionnaires de fortune à la recherche de rendement n’y ont pas résisté, achetant pour environ un milliard d’euros de ces titres de 2015 à 2019. À l’arrivée, de l’argent propre est entré dans les caisses de l’organisation criminelle, qu’elle rembourse avec de l’argent sale, et tout cela pour le coût peu élevé pour ce genre d’opération des intérêts versés. Afin de camoufler le blanchiment, toutes les entreprises émettrices n’étaient pas liées à la ‘Ndrangheta, les conseillers financiers ne sont pas payés à ne rien faire.

Combien de fonds provenant d’activités criminelles se retrouvent sous des apparences anodines dans le système financier, qui seront ensuite investis dans des affaires légales ?

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Une réflexion sur « Quand l’argent de la criminalité est en odeur de sainteté »

  1. Frédéric Lordon a intitulé son dernier billet : « Fermer la finance ».
    Constatant déjà la totale déconnexion entre l’économie réelle et les colossales quantités d’argent en circulation, observant avec sidération des phénomènes comme le HFT, les taux négatifs, la spéculation légale qui permet de voir fluctuer les bourses à la hausse malgré les pires nouvelles du monde réel, ces informations sur la perméabilité entre argent propre et sale, mafias légales et oligarchies avec mafias « classiques », je ne vois vraiment pas d’autre solution que celle de la fermeture. Comme Alexandre devant le nœud gordien, ne pas essayer de résoudre mais trancher.
    Disant cela, je sais aussi ce que ça suppose de risques systémiques pour l’ensemble de la société ─ Flore Vasseur dans un bon roman d’anticipation « Comment j’ai liquidé le siècle » évoquait ce risque car tout les réseaux sont interconnectés ─, et la nécessité majeure : renverser le rapport de force.

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